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Louis-Philippe Dalembert, lauréat 2017 du Prix France Bleu .

jeudi 2 février 2017

Haiti/Miss Univers: Avant Raquel Pélissier, il y a eu Gerthie David



  Elle va venir. Elle va venir oui. La a se baz li !!! », me dit le bouquiniste maître des lieux. « Elle va venir !!! », répète-t-il pour calmer mon impatience.

Elle, c’est Gerthie David, la soixantaine, enveloppée par un épais manteau d’oubli avant de revenir dans l’actualité parce qu’égalée, quarante-deux ans après, à Miss Univers 2017, par une compatriote, Raquel Pélissier, première dauphine dans ce concours vu par des millions de téléspectateurs à travers le monde.

Sur des étagères, à l’entrée de cette impasse donnant sur la rue Capois, à côté du restaurant Arc-en-ciel, presque en face du lycée du Cent Cinquentenaire, des ouvrages sur l’économie, les mathématiques et la littérature sont exposés dans un beau désordre. J'attends l'apparition de celle que l'on m'a présentée comme la plus belle jeune fille de son époque.

Les narines emplies d’une odeur de graisse brûlée, je regarde le bouquiniste campé entre deux clients qui n’achètent pas. Il hausse un peu la voix à cause d’une méringue carnavalesque à la mélodie affreuse que vrombit un speaker. On dirait qu'il cherche à conjurer une journée de vente maigre qui s’étire.

Des minutes, en agonie lente, passent dans ce vieux quartier de Port-au-Prince. Presque avant quatre heures, mardi 31 janvier, Gerthie David, sac accroché à l’épaule gauche, bottes en cuir noires, veste abricot « flashy », boucles d’oreilles en bambou, la tête serrée dans un improbable turban, arrive, s'intalle et revient, erratique, avec quelques absences sur ses trois semaines au concours Miss Univers 1975 à San Salvador.

« C’était magnifique », raconte-t-elle, sans donner de détails sur les multiples représentations, les défilés, les réponses aux questions dans un jaugeage quasi permanent des postulantes. Ne pas donner de détails semble être par moments l’expression de la volonté de ranger dans un coin de sa tête les souvenirs du faste, des lumières, des pailletes. Elle sait cependant que les images sont sur Youtube. Ces images des moments forts, quand en bikini puis en robe de soirée blanche elle conseille à celle qui lui succédera en 1976 d’avoir « de la personnalité », « d’avoir de la présence sur scène » et de la gentillesse envers ses compétitrices.
 
Première parmi les 12 semi-finalistes, Gerthie David, grands yeux, lèvres pulpeuses, est restée au milieu de la scène alors que Miss Philippine, Miss Suède, Miss USA voyaient s’effondrer le rêve d’atteindre la finale, le mano à mano. La « first runner », explique l’animateur du show, a la responsabilité de s’acquitter de toutes les obligations de Miss Univers en cas d’indisponibilité. Gerthie David, Miss Haïti et la Miss Finlande hochent la tête, comprennent les enjeux. Pour Gerthie David, la couronne file. Elle semble avoir le cœur léger au moment de s’éclipser pour laisser toute la lumière à Miss Finlande, Anne Marie Pohtamo, 19 ans, sacrée Miss Univers.

L’expérience reste inoubliable pour elle. Danseuse Étoile, boursière de Harkens House of Dance, ancienne de la troupe de l’Américaine Lavinia Williams, amie de la célèbre ethnologue et chorégraphe Catherine Dunham, Gerthie David évoque le choix de la Miss Haïti 1975. Il n’y avait pas de concours. Mais dans le Tout Port-au-Prince du spectacle, un consensus a été trouvé autour de Gerthie David et Joelle Apollon.

« J’avais proposé que ce soit Joelle et Joelle avait proposé que ce soit moi. Au final, elle a représenté Haïti dans un concours en Europe et moi à San Salvador, au Salvador, en Amérique latine », poursuit-elle, soulignant, avec une pointe d’humour, qu’elle a été « choisie par des grands électeurs ».

L’ancienne de l’école nationale de la République du Chili, du Centre d’études secondaires, s’exprimait bien en anglais en plus d’être danseuse et mannequin. Des atouts clés. Employée de l'ancêtre de nos compagnies de téléphonie mobile d'aujourd'hui, Gerthie David, née un 2 novembre, jour des « gede», après l’expérience Miss Univers, suit des cours en psychologie qu’elle ne boucle pas à la Faculté des sciences humaines. Sa vie qui commence est ailleurs, aux États-Unis. Elle entre au Harrington Institute of Architecture and Design Technician. Gerthie David devient architecte de design intérieur.

« J’ai résidé et travaillé aux USA pendant près de trente ans. J’étais à Chicago », indique Gerthie David qui n’a pas eu d’enfant. Grand cœur, généreuse, Gerthie David évoque les multiples opportunités qui s’ouvrent à Raquel Pélissier. « Je lui souhaite du succès. Il faut qu’elle garde la tête froide pour réussir sa vie par rapport aux objectifs qu’elle se fixe. Elle n’a pas de limite », conseille Gerthie David.

À l’heure du bilan, l’ex- Miss Haïti 1975, zen pour certains, toquée pour d’autres, vit sa vie en toute simplicité, en dépit des difficultés. « Un rien me rend heureuse », confie dans un large sourire cette ambassadrice d’Haïti sur laquelle reflète un peu de la lumière braquée sur Raquel Pélissier, sur l’histoire du pays avec Miss Univers.

« Gerthie, cousine de mon ex-mari, est une femme brillante. Elle est la meilleure d’entre nous », dit Margareth Rigaud, cheville ouvrière de la Fondation Aquin Solidarité et propriétaire de Presse Café, à Pétion-Ville.

« Elle a besoin d’aide », lâche, off the record et sans rentrer dans les détails, quelqu’un d'autre qui l’a connue, qui l’a aimée et considérée comme un modèle.

« Je voudrais qu’elle soit là, à l’aéroport quand Raquel rentrera au pays. Elles ont en commun Haïti et leur performance à Miss Univers », indique Magalie Pélissier, auteure et mère de Raquel Pélissier.

Crédit : Roberson Alphonse

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