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Louis-Philippe Dalembert, lauréat 2017 du Prix France Bleu .

dimanche 15 janvier 2017

Haïti/Diasporama : Michèle Bennett Duvalier et les « filles de joie »



SOUVENIRS DU PALAIS NATIONAL DE MICHÈLE BENNETT DUVALIER
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LA PREMIÈRE DAME ET LES FILLES DE JOIE
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Je dédie cette page à toutes ces femmes courageuses de mon pays qui sont obligées de se prostituer pour subvenir aux besoins de leurs familles.

Vivre et travailler au Palais National pouvait être assez pesant pour Jean Claude et moi. Quand notre agenda nous le permettait, On s'arrangeait certains soirs de la semaine pour dîner chez mes parents, Aurore et Ernest Bennett dans leur maison de Peguy-Ville. Ces petites escapades nous permettaient de nous échapper quelques heures et passer du temps avec ma famille.

Il me faut préciser que chez les Bennett c'était toujours portes ouvertes à tout le monde. Ma mère préférait qu'on reçoive nos amis à la maison que d'aller chez eux. C’est vrai qu'avec sept enfants, le cousin Ralph et mes deux jeunes oncles, Guy Bennett et Pierrot Ligondé, ce serait devenu incontrôlable pour elle. Car on n'était pas de tout repos. Il nous était interdit d'aller passer la nuit ou le week-end chez des amis, à l'exception de Jean et Lise Magloire dont les plus jeunes filles Jany et Gigi étaient respectivement à Joan et à moi nos meilleures copines. Nos deux familles ont toujours été très proches et nous gardons à ce jour des liens très forts encore plus renforcés par le mariage de mon neveu Christian et Valérie, la fille de Gigi. Aurore, pour nous être agréable avait aménagé au premier étage une très jolie suite. On avait l'impression d'être dans une agréable pension de famille. On y laissait des vêtements, des produits de toilette et des objets personnels. Tout était fait pour que Jean Claude et moi on soit à l'aise mais surtout qu'on se sente dépaysé de l'atmosphère un peu lourd du Palais National. Nos enfants aussi y avaient leurs chambres. Celle de mes ainés, Alix et Sacha se trouvait à notre droite et celle de Nicolas et Anya à notre gauche. C’était notre deuxième maison. Celle ou on pouvait venir à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, sans surtout avoir à m'occuper de problèmes d'intendance car maman le faisait parfaitement bien.

Une fois par semaine, soit le jeudi ou le vendredi, une soirée poker était organisée par mon frère Ti Nes. Oh celui-là! Un vrai malade du jeu. Il s'était même fait "interdit de jeu" à Las Vegas, au grand désespoir de mon père qui n'aimait pas les jeux d'argent. Ti Nes et mon très cher ami, Gérard Cassis, de regretté mémoire, étaient les plus passionnés du jeu. Le reste du groupe dont Jean Claude, mon jeune frère Rudy, mes oncles Guy et Pierrot, nos amis Jacques Baussan, Roland Decatrel et Serge St Albin ne faisaient que s'amuser. Les soirs de poker, Aurore préparait un buffet dans l'immense salle de jeux. D'un côté les enfants de la famille jouaient au Baby-Foot ou au billard, et moi je m'installais dans un canapé avec maman, mes sœurs Joan et Chantal et nos amis.

Quand à papa, il préférait se retirer après dîner dans son bureau et profitait pour écrire sa rubrique "Du rire aux larmes" qu'il publiait chaque jour dans le Nouvelliste. Du côté des joueurs de poker, c'était vraiment chose sérieuse! À voir leurs mines concentrées sur le jeu, je devinais que parfois la mise était élevée sur certaines parties. N'aimant pas personnellement les jeux d'argent, j'avais passé un accord avec Jean Claude. Il devait me verser ses gains en intégralité! Les pourparlers avec lui étaient durs mais non négociables pour moi. Avec les gains de Jean Claude, je récompensais le personnel de la maison qui travaillait très tard, et je faisais également un geste avec les officiers aides de camp, les VSN, les chauffeurs qui nous accompagnaient et ceux de la sécurité extérieure aux ordres du Major Christophe Dardompré sans compter les sentinelles du Palais. Pas besoin de vous dire que les jours de poker, tout le monde voulait être de service. Et surtout ils étaient toujours contents de nous accompagner car chez les Bennett on s'occupait bien d'eux. Au cours de la soirée. Je surprenais Maman Didine de son vrai nom Adeline qui ne se gênait pas pour venir dans la salle de jeux pour savoir si JCD gagnait ou pas et elle repartait Informer les aides de camp. Adeline avait près de 40 ans comme gouvernante de la maison et me rappelait à l'ordre si je ne mangeais pas ses bons petits plats. Elle me disait souvent: "On ne te nourris pas dans ce Palais? Tu es trop maigre! Mange ma fille!" Elle était gentille, drôle et s'inquiétait toujours pour moi et n'hésitait pas à dire à Jean Claude que si je ne prenais pas de poids, qu'elle viendrait nous faire la cuisine au Palais. Souvent, JC téléphonait chez maman pour lui dire de faire ses plats préférés pour le dîner du soir ou des jours de poker.

On rentrait au Palais vers une ou deux heures du matin en empruntant soit la route de Bourdon ou celle de Delmas en passant par la Ruelle Nazon.

Sur le trajet, je saluais toujours d’un petit signe de la main les filles qui faisaient le trottoir, mais les soirs de gagne au poker par Jean Claude, je lui demandais d'arrêter la voiture pour papoter un peu avec les filles et leur donner quelques billets pour "écourter" un peu leur longue nuit à attendre des éventuels clients. JC pressé de rentrer, râlait toujours mais s'arrêtait quand même.

Ma préférée était Dana que je surnommais la joggeuse. Lors de notre première rencontre, elle avait 22 bans et deux enfants de deux pères différents. Ne pouvant subvenir aux besoins de sa famille en l'absence des pères, elle s'était mise à se prostituer depuis 2 ans. Dana était une jolie brunette style "marabout". Son visage était éclairé par un beau sourire qui découvrait des dents tellement blanches qu'on penserait qu'elle était une assidue chez le dentiste. Ses yeux marrons foncés étaient légèrement bridés et ses cils paraissaient être comme du velours même sans mascara. Elle avait des traits assez fins mais une bouche avec des lèvres charnues et bien dessinées. Ce dont rêvent certaines femmes qui se font maintenant gonfler les lèvres comme les mérous. Ses cheveux crépus mais lissés au fer étaient très soigneux et elle les coiffait très souvent en queue de cheval ce qui l'avantageait et mettait son beau visage en valeur. Elle ne quittait jamais les énormes boucles d'oreilles fantaisies que je le lui avais offerte l'année précédente. Elles étaient aussi grosses que les lustres du Château de Versailles. Perchée sur des talons aiguilles, elle portait une robe bleue turquoise moulante, soulignant une poitrine généreuse à damner tous les saints. Courte et sage devant mais décolletée dans le dos à la limite de la correctionnelle. Dana de taille moyenne, était pulpeuse mais sexy avec de jolies formes. Comme dit si bien un ami italien au langage imagé: "Elle a un cul qui parle!" (Désolée du langage). Cette nuit-là, en bavardant avec elle, je lui ai suggéré de "travailler le trottoir" seulement 5 jours par semaine et lui ai promis de lui faire porter une enveloppe chaque mois pour l'aider avec les enfants et passer plus de temps avec eux. Elle accepta avec un grand sourire en jurant qu'elle ne travaillerait plus le week end et resterait à la maison pour s'occuper des petits. Dana me faisait toujours rire. Elle avait toujours un petit commentaire à faire sur mes tenues ou ma coiffure dans certaines cérémonies officielles car elle ne ratait jamais l'émission "Affaires Publiques"

diffusée à la TNH. Elle aimait certaines de mes toilettes et n'hésitait pas à critiquer la longueur de mes robes à son goût trop longues. J'avais beau lui expliquer que pour les cérémonies officielles, il fallait que mes robes arrivent au genou, elle ne voulait rien entendre. Pour la taquiner, je lui disais que j'allais récupérer la télé que j'avais fait installer chez elle dans le quartier de Bel Air.

En repartant, Jean Claude me dit que je venais de me faire avoir comme une bleue! Il a même fait le pari avec moi que Dana n'arrêterait pas le trottoir en week-end. Moi j'étais persuadée de gagner.

Le dimanche suivant, après avoir passé la journée au ranch de La Croix-des-Bouquets, on rentrait au Palais vers 22 heures. Dans la pente de la Ruelle Nazon, JCD qui m'avait cédé le volant me dit: "Regarde sur la droite Mimi! On dirait ta copine Dana qui fait du jogging!" Je n'en revenais pas. J'ai tout de suite fait marche arrière pour nous rapprocher du trottoir ou se trouvait Dana qui sautillait comme une sportive de haut niveau! Elle a fait semblant de ne pas nous voir. Coiffée d'un bandeau blanc autour de la tête et vêtue d'un short rouge au ras des fesses et d'un teeshirt blanc noué sous la poitrine, le ventre à l'air, elle était chaussée de baskets et socquettes blanches, elle continua à sauter sur place et avec son beau sourire me demanda si j'allais bien! Mais quel toupet! Jean Claude riait tellement que c'était difficile pour les 2 aides de camp assis avec nous dans la voiture de garder leur sérieux. Quant à moi, j'étais furieuse et je lui ai rappellé sa promesse de rester à la maison avec ses enfants le dimanche. Sans se laisser intimider, elle me dit avec tout le culot qui était sien, quelle s'était occupé des enfants toute la journée et que maintenant elle faisait son jogging pour se relaxer un peu! JC n'en pouvait plus de rire et dû même descendre de la voiture pour se laisser aller a un vrai fou rire pour éviter de s'étouffer. Les Majors Guy Francois et Reynold firent de même et tout le cortège présidentiel s'est retrouvé sur le trottoir. Ce qui a crée un embouteillage monstre à la Ruelle Nazon, car les automobilistes pensaient qu'on avait eu un accident. Dana était le genre de fille qui faisait face à toutes sortes de situation. Je venais de l'attraper la main dans le sac mais elle avait réponse à tout. Tout en discutant avec moi, elle draguait et flirtait avec les officiers qui avaient du mal à garder leur sérieux. Pour détourner mon attention sur son jogging nocturne, et surtout pour ne pas perdre son enveloppe mensuelle, elle s'est mise à nous faire la conversation comme si on était dans son salon particulier. Mais il m'était impossible de me fâcher avec elle tant elle était naturelle et spontanée. Dana était une très bonne mère et ses enfants que je voyais à chaque rentrée des classes et à Noël lors des distributions de matériels scolaires et de jouets étaient toujours bien habillés. Très bien élevés, ils avaient de bonnes notes à l'école. La mère de Dana, elle-même une ancienne prostituée, vivait avec elle et s'occupait des enfants le soir.

Jean Claude qui commençait à s'impatienter et voyant surtout mon désarroi face à l'attitude de Dana et sa promesse non tenue, fit avancer l'une des voitures de la suite pour la ramener chez elle et Madame Dana s'est tout naturellement installée sur la banquette arrière comme si c'était sa voiture personnelle avec chauffeur et repartit en nous faisant un petit signe de la main. Plus culottée que ça, tu meures! Du jamais vu!

Dépitée, je repris le volant mais JC qui avait trouvé la situation cocasse, partit dans un de ses fous rires tellement contagieux que moi aussi je ne pouvais plus m'arrêter de rire! Rien que de penser à Dana en tenue de sport, courant à perdre haleine dans cette pente de la Ruelle Nazon! C'était comme dans un film. Mais j'avais perdu mon pari avec Jean Claude qui le lendemain a pris un malin plaisir à relater les exploits de Dana a l'issue du Conseil des Ministres.

Des Dana, il en existe plein chez nous. Des jeunes filles, des jeunes femmes, des mères de famille qui se prostituent pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.

À toutes les Dana, vous avez mon respect et mon affection.


Michèle Bennett Duvalier
Paris, France
Le 22 Décembre 2016

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