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Louis-Philippe Dalembert, lauréat 2017 du Prix France Bleu .

jeudi 15 décembre 2016

Haïti/France/Diasporama : Souvenirs du Palais National de Michèle Bennett Duvalier

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Le Président et Baby Blue.
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Michele Bennett Duvalier
Quelques mois après mon mariage avec Jean Claude, mon jeune frère Rudy, qui faisait ses études dans un college du Vermont aux USA, rentra par curiosité dans une oisellerie et il entendit une voix lui dire "Hello sir!". Il se retourna et vit un magnifique ara bleu et jaune du Brésil sur un perchoir. Rudy, fasciné, entama une conversation avec l'oiseau. Il lui demanda son nom, le perroquet répondit "Baby Blue". A How are you?, il répondit "fine". Rudy était conquis. Arrivé chez lui, il m'appela et me fit part de sa rencontre et je lui ai demandé de se renseigner si ce perroquet était a vendre, car je voulais l'offrir a Jean Claude pour son anniversaire. Il me faut préciser que chez les Bennett/Duvalier on adore les animaux. Avec JCD on avait une bonne quarantaine de toutous qui nous étaient offert par la famille, des amis, ou même par des représentants du Corps Diplomatique. On nous offrait souvent des couples dont les nombreuses naissances réjouissaient notre entourage avec qui nous partagions les chiots. Ils étaient logés dans un vaste enclos dans les jardins à l'arrière du Palais National, et chaque couple avait sa niche et leurs noms bien en évidence sur un petit panneau. C'était le petit village canin. Deux personnes et un vétérinaire s'en occupaient à temps plein. Quand Jean Claude les visitait, c'était la fête. Ils sautillaient autour de lui et voulaient tous un câlin. Il avait une mémoire extraordinaire et se souvenait des noms de chacun des toutous. Des noms assez saugrenus comme Mr et Mme Blanc, pour un couple de labradors au pelage blanc, ou Mr et Mme Churchill pour un couple de bull dogs anglais, Mr et Mme Spock pour les bull dogs français, Mr et Mme Moshe Dayan pour le couple de Jack Russell qui avaient chacun un cercle noir autour des yeux, ou encore Mr et Mme Aznavour pour le couple de bassets. Surtout je ne voudrais en aucun cas oublier Mr et Mme Coupé Cloué, un couple de bergers allemands qui étaient en perpétuelle lune de miel. Deux fois par semaine, toute la meute partait passer la journée au Ranch de la Croix des Bouquets pour des exercices au grand air.

Rudy retourna le lendemain a l'animalerie pour s'enquérir auprès du propriétaire si le perroquet était a vendre. Sur un ton offusqué, il lui dit que Baby Blue était considéré comme un membre de sa famille et jamais il ne pourrait s'en séparer. Rudy qui était doué d'un grand sens des affaires, tenta le coup et lui dit: "et si je vous offrais une certaine somme en espèces?". Le proprio de répondre sans hésiter, "Prenez-le! Cela fait 3 ans seulement qu'il est là. Il est à vous! Business is business."

L'oiseau ayant surement compris qu'il venait de faire l'objet d'une vulgaire transaction commerciale de la part de son indélicat maitre, rentra docilement dans une cage sans un regard ou un mot pour lui et Rudy repartit avec son nouveau colocataire sous les bras. Il découvrit que Baby Blue connaissait également pas mal de mots en espagnol.

Profitant de ses vacances scolaires, Rudy fit le voyage du retour avec Baby Blue et American Airlines accepta exceptionnellement qu'il soit en cabine a ses cotes, ce qui m'obligea a payer un billet pour l'oiseau rare.

A l'arrivée de Baby Blue au Palais, Jean Claude était au comble de l'excitation et tout de suite j'ai compris que c'était le coup de foudre entre lui et Baby Blue. Cette dernière ne jeta même pas un regard a ma belle-mère SOD ou a moi. Il n'y en avait que pour JCD. Elle lui fit des petites danses, des pirouettes, s'est roule sur le sol et a notre grande surprise appela le Président par son prénom. Rudy était un excellent prof!

Baby Blue s'installa tout de suite sur son épaule et poussa de grands cris quand j'ai voulu m'en approcher. Son arrivée avait chamboulé certaines de nos habitudes au Palais. Depuis notre mariage en Mai 1980, on partageait le même appartement que sa mère Simone, en attendant d'emménager dans le nôtre, un étage en dessous. JC fit installer une grande cage près de la fenêtre dans le couloir desservant les chambres. Ce qui n'était pas une bonne idée, car Baby Blue apostrophait ma belle-mère et l'appelait par son prénom toutes les fois qu'elle passait devant sa cage. Ce qui faisait mourir de rire mon mari qui s'en amusait. La présence de Baby Blue ne plaisait pas trop à SOD qui aspirait a plus de tranquillité.

Le soir, je recouvrais la cage d'un drap blanc pour dormir en paix mais surtout pour qu'elle ne se glisse pas dans notre lit.

Je m'attachais a Baby Blue qui avait une personnalité toute en couleur. Elle était curieuse et joueuse. Gentille et amicale avec moi quand j'étais seule en sa compagnie. Mais dès que Jean Claude rentrait dans la pièce, les hostilités commençaient envers moi ou ceux qui s'approchaient de son maitre et seigneur.

Un après-midi que j'avais été retardée à l'Hôpital de Bon Repos, j'arrivais dans notre chambre pour trouver JC qui faisait une sieste. A ses côtés, se trouvait Baby Blue, ses grandes et jolies ailes déployées sur mon oreiller. Elle s'amusait a lui faire des bisous avec son bec très délicatement sur la joue et lui mordillait le lobe de l'oreiller. Cela m'était impossible de m'approcher de Jean Claude, qui a du remettre l'oiseau dans sa cage. A ce moment-là, j'ai compris qu'on était trois dans ce mariage.

Jean Claude adorait que Baby Blue soit aussi possessive avec lui. Dès que je me retrouvais seule avec elle, il fallait que je lui montre de l'autorité pour me faire obéir. Souvent elle me répondait du tact au tact et quand elle n'obtenait pas ce qu'elle voulait avec moi, elle vociférait: "Gadé on Fam". Elle avait l'art de me mettre hors de moi mais JC lui passait tous ses caprices.
Baby Blue

Plus les jours passaient, plus son vocabulaire s'enrichissait de nouveaux mots. Il faut dire qu'elle avait d'excellents professeurs comme JCD, Rudy et mes deux fils ainés, Alix et Sacha qui s'amusaient avec elle après l'école. A l'anglais, l'espagnol et francais, Baby Blue s'est mise au créole. Sans compter les "gros mots" qu'elle pouvait sortir quand elle s'énervait. Par délicatesse pour ma belle-mère et pour qu'elle soit tranquille pendant la journée, j'avais fait installer un perchoir a la porte d'entrée de mon secrétariat. Elle pris l'habitude de saluer les visiteurs d'un "bonjour! Ca va coco?", mais elle avait ses "tetes". Elle connaissait le prénom de certains Ministres, d'officiers de la Garde Présidentielle, du personnel de nos appartements et n'hésitait pas a les appeler quand ils passaient dans le couloir de mes bureaux. Personne n'y échappait.
Un matin que Luc Désir, Chef du Service Secret, passait dans le couloir, Baby Blue s'est mise à hurler: "Michele! Amwey! Michele! Amwey!". Je sortis précipitamment voir ce qui se passait. Je trouvai Baby Blue évanouie. Je l'ai prise tout de suite dans mes bras. Elle respirait a peine et son petit cœur battait si fort que je fis venir le vétérinaire et Rudy. Ce dernier m'expliqua qu'elle avait peur des gens habillés tout de noir et qu'elle faisait une crise de panique. Je me retournai pour saluer Luc Désir qui était très embarrassé de la scène qu'il avait provoqué sans le vouloir et je me rendis compte qu'il portait toujours un costume noir, la cravate noire et son fameux chapeau de feutre noir quelle que soit la circonstance. Quand plus tard, je racontai l'incident a Jean Claude, il eut un tel fou rire qu'il appela Luc Désir au téléphone et lui dit sur le ton de la plaisanterie, que s'il voulait enrôler Baby Blue dans les Services Secrets, il faudrait qu'il change de couleur de costume et de chapeau. Dès le lendemain, Luc Désir fit un grand détour pour aller a son bureau qui était situé seulement à quelques mètres du mien pour éviter de croiser Baby Blue.

Souvent a l'heure du déjeuner, JC passait me chercher a mon bureau et Baby Blue aimait annoncer son arrivée en criant: "Garde a Vous! Jean Claude! Michele! Tonton". Et elle ne se taisait que quand JC lui faisait un petit signe de l'index et elle se posait sur sa main droite, faisait des petits pas tout le long du bras pour s'installer sur l'épaule de mon mari, ou elle se pavanait fièrement en lançant des "Garde a Vous!" a chaque sentinelle postée dans les couloirs jusqu'à l'Officier du Jour. C'était un sacré caractère qui adorait se donner en spectacle pour le grand plaisir de JC.

Baby Blue fuguait de temps en temps. Sa cage restait ouverte toute la journée. Elle se baladait a son gré partout et souvent faisait des visites surprises a JC a ses bureaux qui étaient attenant a nos appartements. Rusée, elle profitait pour s'y faufiler, des que la porte s'ouvrait. Les secrétaires, Mesdames Mirabeau et Thermilus s'empressaient de lui ouvrir la porte du bureau ou se trouvait le Président, par peur de se prendre un coup de bec. Et dire que je ne débarquais pas au bureau de JCD sans me faire annoncer. Baby Blue avait tous les droits.

Je me souviendrai toujours de ce matin-là. Jean

Claude devait faire un discours a une importante cérémonie officielle qui devait se tenir dans le Salon Diplomatique du Palais National en présence de tous les Corps d'Etat, du Cabinet Ministériel et des Membres du Corps Diplomatique. On se préparait a s'y rendre et Baby Blue était particulièrement nerveuse, elle pressentait surement qu'elle ne serait pas de la partie. Elle tournait en rond et suivait JC pas a pas, de la chambre a la salle de bains. Une demi heure avant la cérémonie elle accompagna JCD a son bureau et ne le lâchait pas d'une semelle. Au moment de partir, elle comprit qu'elle ne viendrait pas avec nous et nous fit une scène en se roulant par terre, criant et s'arrachant les plumes. J'ai eu le sentiment de voir mon petit frère Ronald a 3 ans s'agrippant a notre père qui profitait de ma mère partie en voyage, pour aller visiter une de ses nombreuses conquêtes féminines! Le spectacle était ahurissant mais émouvant! Ce n'était plus de l'amour, mais de la rage. Mais JC en était tout fier et ému. Arrivés au Salon Diplomatique, et après l'Hymne Présidentiel d'usage, nous nous installames et la cérémonie commença. Jean Claude prit a son tour la parole pour clôturer la cérémonie. Les 5 premières minutes de son discours se passaient bien quand subitement, on entendit une voix aiguë venant du balcon de nos appartements qui criait: Jean Claude! Jean Claude! Papa!". Nos invites se regardaient les uns les autres, mais cela ne semblait nullement perturbe JC qui continuait son discours. Je demandai discrètement a un officier de vite faire rentrer Baby Blue dans sa cage. Mais le temps pour le Major Reynold d'arriver a la terrasse de nos apartements, Baby Blue continuait de crier le nom de Jean Claude qui venait de terminer son discours. Après les salutations d'usage, j'avais hate de regagner nos appartements pour la voir. En lieu et place de punition, JC lui fit plutot des caresses comme pour la féliciter d'avoir egaye une cérémonie plutot ennuyeuse et interminable.

Quelques mois plus tard, Baby Blue pris ses quartiers au Ranch de la Croix des Bouquets ou elle se sentait en liberté. Le samedi, elle adorait faire les Pom Pom Girl lors des matchs de foot entre JC, ses amis dont Philippe Vorbe et l'équipe adverse composée d'officiers des FADH et de ceux du Corps des Léopards. Lors d'un match, le Colonel Cazeau qui taclait Jean Claude lequel avait le ballon aux pieds, Baby Blue très attentive à la scène s'est mise à crier: "Cazeau! tête chauve!". Le match s'arrêta net. Tous les footballeurs étaient pliés en deux! C'était l'hilarité!

Je riais tellement que le Colonel Cazeau a cru que j'avais tout appris a Baby Blue. Par la suite, j'ai su qu'elle avait eue des cours intensifs avec le Colonel Mondé qui avait un grand sens de l'humour.

Baby Blue décéda quelques années plus tard, tuee par un chien errant qu'elle avait pris en chasse au ranch.

Jean Claude a vécu une belle histoire d'amour et de complicité avec Baby Blue.



Michèle Bennett Duvalier
Paris, France

Le 10 Décembre 2016

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