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Louis-Philippe Dalembert, lauréat 2017 du Prix France Bleu .

vendredi 29 janvier 2016

Haïti/Diasporama: Lettre de Montréal – 7 … destinée à Aline Apostolska.

Chère Aline,

J’ai terminé «UN ETE D AMOUR ET DE CENDRES» (très beau titre). Pourquoi aviez-vous annoncé un roman jeunesse? Votre héroïne adolescente a beaucoup de maturité et de profondeur. Un adulte est plus susceptible d’apprécier ce livre. Je serais curieuse de connaître la réaction des jeunes lecteurs ou devrais-je dire lectrices, puisqu’il semble que les hommes ne lisent pas?

A priori, tout livre qui parle de religion ou de culture « primitive » (de mon point de vue) m’ennuie. Ma mère était très entichée de la « spiritualité » indoue. Elle a même mis en musique un poème de Rabindranath Tagore. Egalement de Sri Aurobindo: « Chant spirituel » pour voix de baryton, piano, orchestre et voix de sopranos (que je n’ai pas eu l’occasion d’entendre). Rien de l’Inde ne m’a jamais intéressée. Le Tibet encore moins. Je n’ai pas de sympathie pour le Dalai Lama. Je suis contre toute théocratie. Je n’aimerais pas visiter l’Inde. La misère et les mœurs de ce pays me seraient insupportables. Ce préambule c’est pour vous faire connaître mes dispositions en entreprenant la lecture de votre roman. Un petit livre, concernant son format, mais tout de même de 262 pages. Vous êtes arrivée à me captiver avec un sujet qui, a priori, m’indiffère complètement et m’ennuie: la communauté tibétaine exilée avec le Dalai lama dans le nord de l’Inde. A ma grande surprise, vous avez réussi à m’intéresser au sort de ces tibétains qui depuis 1959 (après que les Chinois eurent envahi le Tibet) vivent à Dharamsala à peine tolérés par les indigènes (les Indiens). Vous décrivez avec précision les lieux, Dharamsala accroché au flanc de l’Himalaya, étalé sur plusieurs hauteurs. Vous nous en donnez beaucoup de détails. Je pense que vous ne vous êtes pas seulement documentée soigneusement, vous l’avez visité. Votre héroïne Emma passe quelque temps au TCV (Tibetan Children’s Village). C’est là que vivent des orphelins tibétains. Elle partage leur vie, expérience d’une année que ses parents souhaitent pour elle, tandis qu’eux enseignent bénévolement. Expérience qui ne durera pas à cause d’une tragédie. Emma tombe passionnément amoureuse d’un de ces orphelins, Tenzin et vit avec lui quelques jours de bonheur. Puis ce jeune homme qui n’a pas 20 ans et cinq de ses compagnons se sont immolés devant le siège des Nations Unis à New Delhi. Parce que leur avenir est complètement bouché et qu’ils refusent la vie qui les attende.
Vous nous dites les réalités de l’Inde et de cette communauté de Tibétains. Vous ne vous extasiez pas sur le peuple indien qu’une mode a eu tendance à idéaliser. Vous nous faites voir la misère, la saleté, les absurdités, les injustices très crûment, d’une écriture fluide et imagée. Nous voyageons avec vous dans cet immense pays, nous voyons les gens, les animaux, les paysages avec vos yeux d’observatrice attentive, pleine d’empathie, malgré tout, et votre plume si fine, si experte. « Un Été d’Amour et de Cendres » est un étonnant roman qui charrie vers nous tout un monde surprenant, parfois révoltant, qu’il faut découvrir avec ses beautés et ses laideurs, un monde si vivant et vrai. On y retrouve la maîtrise que vous aviez manifesté dans votre splendide roman, « Neretva » du nom de ce fleuve de l’ex-Yougoslavie, pays de vos parents que ne verront jamais vos fils comme vous l’écriviez dans une lettre-livre en 1997.
Salut Aline et merci pour votre grande contribution à la littérature de langue française.
   
Nadine Magloire

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