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Louis-Philippe Dalembert, lauréat 2017 du Prix France Bleu .

mardi 5 mars 2013

Maux et mots-5… Frère Troubadour !

Ta voix murmurait, sifflait, criait, rageait aux quatre vents NOTRE peine, notre colère, notre impuissance
face à l’envahisseur, le pilleur, le violeur
face à son arrogance et à la servilité de nos frères apatrides, fratricides, patripoches qui, en mal de pouvoir liquident la terre léguée par les ancêtres au prix de leur sang

Ils nous ont tout pris pour 2 sous
et ce n’était pas fini,
après prospections et vérifications, envahissement en douce :
la TÉLÉCO, les ports, les rivages sont pillés, livrés aux chacals.
Aujourd’hui, nos sols sont assoiffés, vidés de toute substance vivante
nos sous-sols bradés lors des rencontres au sommet sous notre drapeau traîné dans la boue
Le rhodium, l’or, le pétrole, le cuivre
se négocient à l’aune de notre misère commercialisée
notre terre avilie devenue seul produit à exporter.

…et faudrait dire merci à genoux
Ta mélopée sillonnait nos soirs de mélancolie
où le mal du pays nous tenaillait les tripes
où  nos sens endoloris cherchaient en vain
les sons et les bruits de notre enfance.
Nous n’avons plus les senteurs et la moiteur des nuits tropicales de nos provinces chéries.
Si on ose une plainte, ils menacent de nous couper les vivres dont nous n’avons eu en fait que quelques pelures.

…Toujours faudrait dire merci à genoux…
Ces genoux qui ne nous portent plus
encore aujourd’hui, il nous faut dire merci à genoux
ak baboukèt nan dyòl nou.
Rat manje kann, zandolit mouri inosan
nou pa manje pwa men fòk nou pouse pou bay lapire
tonton blan fè nou lesplikasyon sou lajan ki separe
nan mitan mafia gouvèlman ki bay grennbak
ak gouvèlman ayisyen ki sanble goche nan men dwat…

…Miami ou Paris…
Les notes tristes et pleines d`espoir de ta guitare
faisaient rêver à de meilleurs lendemains
sur cette partie d`île enfouie sous les dictatures-caméléons
qui changent de face mais pas de mode d’opération.
Notre terre est noyée sous l’appât du gain.
Ta guitare en bandoulière
égrenait les notes douloureuses de notre exil forcé,
tes doigts vibrant sur les cordes portaient les plaintes
de nos frères sevrés de la mamelle nourricière asséchée
peze-souse, lidè lopozisyon, politisyen pwofesyonèl, lidè vap-men-ni
palefatra ak bèl eslogan tounen metye pou avadra ak rat do kale
ki ap negosye plas you bòt tab la…

Peu importe le pays…peu importe le régime, la philosophie,
Gros bleu ou rose bonbon, se menm penpenp lan
Foli grandè, foli pouvwa,
Aksyonè fanm kou gason ap chanje kazak anvan ak apre eleksyon
kale tèt, tèt kale, senkant santim ak de gouden
zewo kat, karant, yo chak gen yon fich bòlèt nan dèyè pòch yo
ap tann ki lè boul pa yo ap tonbe, ki lè non yo ap sòti sou lis mafia
chèk san travay sou do peyi dayiti ki sou la graba…
ainsi font, font, font les petites marionnettes
elles font, font, font…leur p’tit tour et puis changent de place
vire isit, pase m lòt bò
plus ça change plus c’est pareil
ou finn tete, yo rekonpase w, bay lòt zanmi an fè kou pa l nan manmèl bèf la
et la roue tourne…et la table tourne…et le peuple vit des miettes…
vire isit, pase m lòt bò, retounen nan menm plas la.

…Un jour ils vont rentrer…
Plus de vingt-cinq ans… et toujours en file
retenant notre souffle, ravalant notre hargne
et les humiliations de la terre glacée,
nous attendons, la tête pleine de rêves
ce moment béni entre tous
de piler à nouveau notre sol, héritage de Vertières!
Mais voilà, retour au pays, retour à la case départ
quand certains reviennent au pays, ils sont encore plus corrompus
Ils reviennent des quatre coins du monde mettre leur nom
sur la liste de paye sans pudeur
à plat ventre, rampant de toute leur âme vendue au plus offrant
ils se perdent dans le vacarme des intérêts coquins
et prennent le peuple en otage de leur démagogie

L’abcès n’a toujours pas crevé
Nous avions lâché la proie pour l’ombre
poul la kouvé kana,  medsin jalap pase lan nen nou
nou pran kaka poul pou ze, nou pèdi pou revè
solda ayè tounen pwopagandis jodi…
yo ap tann ki lè dyòl yo pral kole nan manmèl bèf la tèt kale!

Où es-tu frère, guitare en bandoulière…
parcourant les terres, annonçant la délivrance
revendiquant la liberté bafouée
L`abcès a- t- il crevé?
La terre-mère s’est fâchée, elle a tremblé,
elle nous a engloutis
et l’odeur de la charogne nous envahit
O…mon frère à la guitare en bandoulière
L`abcès va- t- il enfin crever?

Ils nous ont eus
Ils ont tout eu…nos rires, nos joies,
nos promenades sur les plages, nos soirées en amoureux sous les arbres de Domaine idéal…
nos contes, nos rondes à la belle étoile.
Ils ont pris nos hommes, nos femmes
et nos enfants qui font la joie de leurs nuits de bacchanales
ils ont eu…jusqu’à nos souvenirs…
ils ont tout pris…même notre enfance
Frère, un jour, nous reviendrons
participer  au grand koumbit, libérés
non du colon blanc au sourire insolent
mais de nos propres peurs, de nos propres frères.
Nous reviendrons recoller les pans de nos rêves brisés,
nous reviendrons soigner nos blessures,
nous reviendrons parler de fraternité, de liberté, d’amitié
et prendre soin de notre mère blessée
san magouy ni kou nan do.
Ensemble, nous viendrons crever l’abcès…






Crédit : Lumane Casimir/CANAL+HAÏTI
email(courriels): canalplushaiti@yahoo.fr / lumanecasimir@hotmail.fr
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