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Louis-Philippe Dalembert, lauréat 2017 du Prix France Bleu .

mardi 5 mars 2013

Maux et mots-4… A propos du gel de l’aide canadienne à Haïti.

DANS UN SYSTÈME DÉMOCRATIQUE RÉEL, À FAUTE PARTAGÉE, RESPONSABILITÉ PARTAGÉE.

Ce matin, j’ai été réveillée par un ami sous le choc de la décision du gouvernement canadien de geler l’aide destinée à Haïti par le biais des programmes et projets de l’Agence Canadienne de Développement International (ACDI). La colère ressentie dans la voix de mon ami (Québécois de souche) n’augurant rien de bon, j’ai pris la précaution de me taper un café noir, fort et sans sucre afin de me prémunir de toute complication suite à la lecture  de ce qui semble être «la bombe du nouvel an» du gouvernement canadien.

Je me suis donc lancée sur le lien qui m’a été transféré afin de voir les mots traduisant à la fois le ras-le-bol du pays donateur-bénéficiaire de l’aide à Haïti ainsi que la grogne collective observée au sein de ma communauté haïtienne de Montréal d’une part, de certains intervenants experts, politiciens et autres de la société québécoise d’autre part.

Alors, après avoir lu et relu les propos du journaliste Hugo De Grandpré parus dans les colonnes du journal La Presse, je me suis dit que le meilleur moyen de répondre à cette annonce du ministre c’est d’en décortiquer les interlignes et non-dits et d’y aller directement dans le verbatim.

Quelqu’un n’a –t-il pas déjà dit que : «Plus l’offenseur est cher, plus l’offense est grande» et un autre : «Tout ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire nous viennent aisément». Partant de ces deux préceptes, je répondrai ceci à monsieur Julian Fantino, ancien chef de police recyclé en diplomate par la grâce des conservateurs de Stephen Harper.

«Plus l’offenseur est cher, plus l’offense est grande» : Que de fois n’avions –  nous entendu d’aucuns faire l’éloge de la proximité, de la culture, de la langue et de l’amitié qui relient de facto nos deux peuples quand on parle du Canada. Alors, le Canada se situe doublement parmi les «pays amis» d’Haïti. Notons qu’ici je parle à la fois du peuple et du gouvernement canadiens. Cette amitié s’est traduite à toutes les occasions où Haïti a eu besoin du support financier et autre des canadiens : ouragans, crises humanitaires répétées et dernièrement le tremblement de terre de janvier 2010. Elle se traduit aussi et surtout par le fait qu’Haïti est un terreau fertile pour le Canada, le Québec qui restent et demeurent les destinations de prédilection des cerveaux haïtiens considérant nos pratiques et appartenance linguistiques.

Les états n’ayant pas d’amis mais des intérêts, il nous faut lire les déclarations du ministre Julian Fantino dans le contexte de l’économie mondiale. Personne, mais personne, même pas le meilleur ami du monde n’est intéressé à porter à bout de bras un poids qui ne semble manifester aucune volonté de se prendre en mains à un moment donné…

Le ministre Julian Fantino n’a dit tout haut que ce que bien des haïtiens et autres étrangers pensent tout bas et depuis longtemps. N’en déplaise aux tenants de la thèse de l’indépendance DONNÉE par papa Dessalines et les ancêtres qui 209 années plus tard doivent se retourner dans leur tombe d’avoir fait tout ça pour ça!
Maintenant, mon opinion sur la décision du Canada de geler les fonds alloués à TOUS NOUVEAUX PROJETS (sic) :

«Le ministre de la Coopération internationale, Julian Fantino, se défend de vouloir lier l’aide internationale aux objectifs de libre-échange du Canada. Mais en même temps, dit-il, les Canadiens sont en droit de s’attendre à ce que leur gouvernement recherche des occasions où «tout le monde ressort gagnant».

Chapeau monsieur le ministre, pour une fois, un officiel se fait le porte-voix des citoyens conscients et conscientisés, désespérés de «la gargotte / gaspillage» financiers, du silence complice tant des donneurs que des receveurs quant à l’utilisation de l’aide internationale. À tort ou à raison, Julian Fantino ose dire clairement et sans équivoque qu’il est temps que la couverte soit bien placée afin que des deux côtés on puisse s’y réchauffer.

Il y a quelques mois, un ancien chef de la MINUSTAH a constaté l’échec global de l’aide internationale en Haïti. Je comprends que monsieur Fantino, novice en matière de gestion de l’aide internationale ait cru faire la déclaration du siècle et frapper un grand coup sur le clou de ce pays déjà saccagé tant par les bévues de ses gouvernements sans pudeurs des 30 dernières années et torpillé par les catastrophes naturelles. Cher monsieur Fantino, vous auriez du vous documenter avant de vous lancer dans ces déclarations qui en fait ne sont que des pétards mouillés pour nous qui savons depuis longtemps comment fonctionne «LA GAME» de l’aide internationale. La misère est rentable, les pays maintenus dans le sous-développement sont des viviers, des pépinières pour soulager par des chemins détournés les «humanitaires» de tous poils qui en profitent pour satisfaire leurs appétits et fantasmes de tous ordres. Monsieur Fantino, si seulement vous saviez… L’ACDI est présente en Haïti depuis combien d’années? Qu’en est-il du pourcentage des montants colossaux déboursés par le Canada qui a réellement été utilisé pour répondre aux besoins de la population hormis les rapports de circonstances? Il faudrait quasiment penser à une Commission Charbonneau…

Aviez-vous lu les montants engloutis ainsi que la couverture globale des secteurs de vie de la population assumée par l’ACDI en Haïti? Je n’en reviens tout simplement pas!  Un rapide coup d’œil vous convaincra que, si un politicien canadien avait élevé la voix dix ans plus tôt, en matière d’utilisation RÉELLE ET EFFICIENTE de l’aide canadienne dans tous les domaines cités sur le site web de l’ACDI, on n’en serait pas là :

-Enfants et jeunes, y compris la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants
-Sécurité alimentaire
-Croissance économique
-Gouvernance

L’ACDI / Aide humanitaire à Haïti
  • A participé à l’inscription de 4,8 millions de personnes au registre civil        depuis 2008, soit environ 85 % de la population adulte, ce qui leur a permis d’avoir accès aux services de base, de présenter une demande de crédit, d’obtenir le titre de leur propriété et de voter.
  • A participé à la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti et au Fonds de reconstruction d’Haïti pour faire en sorte que le processus de reconstruction soit géré de manière efficace, transparente et responsable.
  • (…) En mars 2012, l’ACDI avait rempli son engagement de 400 millions de dollars visant la reconstruction et le redressement d’Haïti, mais elle continue d’appuyer le pays dans ses efforts de développement à long terme.
Elle passe aussi par la sélection attentive de pays qui bénéficieront de la générosité canadienne: «Nous allons travailler avec des pays qui, certainement, aspirent à la démocratie, respectent les droits de la personne, l’État de droit en place…» Source : site web de l’ACDI

«Les exemples de partenariats possibles fournis dans un récent rapport de comité parlementaire (où les conservateurs sont majoritaires) incluent les secteurs de la microfinance, de l’aide à l’envoi de fonds par les diasporas ou de PPP avec des sociétés minières pour la formation de la main-d’oeuvre. Ce dernier type de partenariat fait déjà l’objet de trois projets-pilotes fort controversés à l’ACDI.»
Et à toutes ces nouvelle filières de développement des affaires, il aurait fallu que le ministre Fantino ajoute dans un autre registre, la décision du Canada d’alléger les conditions d’exportation d’armes prohibées vers l’Amérique Central…ensemble vers la démocratie et l’État de droit! Il faut préparer de nouveaux terrains de jeux pour humanitaires, quitte à en créer les conditions maximales. Dès qu’on a une arme, il faut l’utiliser n’est-ce pas? Et contre qui? Le voisin ou l’opposant politique voyons! Cité-Soleil, Solino, La saline et autres quartiers devenus zones de non-droit sont maintenant incontrôlables et à cela il faut ajouter le tremblement de terre que personne n’avait prévu. Solution B : repérage de nouveaux terrains propices à l’assistanat et/ou nécessitant une force de stabilisation. 

«Le politicien s’indigne devant les critiques de ses détracteurs. «Nous ne finançons pas les compagnies minières. Ç’a été dit et c’est complètement faux», a-t-il précisé.»
Encore une fois force est d’avouer que monsieur Fantino ignore les filières d’investissements de son propre gouvernement en matière de financement minier.
   
«Il a ensuite lancé: «Nous ne sommes pas une œuvre de charité. Et s’il y en a qui croient qu’on l’est, on ne le sera plus à l’avenir.»
 
Bravo monsieur Fantino! Enfin on parle des vraies affaires! Nous, les citoyens haïtiens sommes heureux d’apprendre que le NOUS inclusif, représenté par le gouvernement canadien qui lance des milliards de dollars par les fenêtres sous forme d’aide humanitaire sans obligation de reddition auprès des contribuables dont je suis. Une chance que vous n’êtes pas une œuvre de charité, ou ne l’êtes plus, comme vous le dites si bien. Vous devrez donc à l’avenir nous fournir les montants alloués aux multiples ONG canadiennes qui fourmillent sur le territoire haïtien d’une part, le pourcentage par dollar alloué à leur entretien, leurs salaires et avantages de toutes sortes, hébergement  à l’hôtel, transport en « ZOREKEN » roulant sur les orteilles du petit peuple perché sur les tas d’immondices pour assurer la survie de sa famille. Quel est le pourcentage de centime par dollar EFFECTIVEMENT utilisé pour soulager la population. Ainsi, nous les citoyens canadiens, les canado-haïtiens sauront à qui profite le crime depuis plus 50 ans.

«De lui-même, Julian Fantino évoque la possibilité de coupes éventuelles dans certains programmes – sans donner plus de détail. «Un programme a une date de début et une date de fin, dit-il. Et si on ne reçoit pas les bons résultats, ou les résultats anticipés, nous faisons des ajustements.»

Maintenant, on touche au nœud du problème. Personne n’est dupe en cette matière. Nous savons tous qu’un projet ou un programme a une date de début, de fin, un échéancier ainsi que grille de résultats attendus. J’en appelle à ce stade-ci du dossier aux gouvernants haïtiens s’il en est, qui sont les principaux responsables de ce manque de respect dont font preuve les donateurs.

Depuis 1986, le pays glisse inexorablement vers cet abîme où`se sont effondrés notre culture, nos droits, nos valeurs. La majorité des Haïtiens fuient le pays devenu un enfer dans tous les sens du terme. La décrépitude s’est installée, notre jeunesse n’a connu que les « déchoukay » et les manifestations fratricides/homicides, la prostitution, la corruption s’est érigée en système soutenu et maintenu par la complicité de ténors du pouvoir et ces mêmes bailleurs de fonds qui aujourd’hui osent sanctionner ce qu’ils ont créé. Bref, tout ce dont les gouvernements successifs d’Haïti n’ont pas fait la démonstration au cours de 30 dernières années. Certains lançaient sans pudeur « mwen pa ka fè san soti nan ròch » à l’impossible je ne suis pas tenu» en réponse à la population qui les ont élus justement pour apporter une solution à sa souffrance.

D’autres, pour justifier leurs escapades innombrables accompagnés de toute un aréopage dont les perdiem sont payés en dollars US (tirés de l’aide internationale?) : «je parcours le monde avec mon bol bleu et mon bâton de pèlerin en quêteux pour le peuple»…Certains voyages rapportant moins que ce qu’ils ont coûté, comme celui effectué à Taïwan qui en final a accordé 150, 000 US pour aider à la reconstruction! Quelle paradoxe.
Le gouvernement d’un pays de plus de 10,000 000 d’habitants dont 75 % est âgé de moins de 30 ans, donc, disposant d’une banque de ressources humaines inépuisable, ose lancer une telle connerie devant la presse! Faut-il vraiment être gelé plus que de raison pour tenir un tel discours. Ce que nos présidents, premiers ministres et leurs gouvernements ne semblent pas avoir compris depuis, c’est que TOUS LES DONATEURS indistinctement ne parviendront jamais à solutionner les problèmes de développement d’Haïti sans passer par les Haïtiens eux-mêmes. Nous sommes 11, 000 000 sur le terrain, plus de 2 millions en diaspora, nous contribuons plus que toute l’aide internationale globale en matière de support financier au pays. Cependant, vu que notre territoire est livré aux chacals déguisés en humanitaires, NOTRE apport bien que supérieur et effectif car défrayant parfois les besoins primaires de nos parents restés au pays, est maintenu dans la colonne de survivance et l’assistanat honteux dont le fort pourcentage revient au pays des donateurs institué en système.
Au cours des dernières années, Haïti est devenu l’enfer pour ses propres enfants alors que les étrangers, les humanitaires et autres oiseaux y retrouvent leur paradis terrestre. C’est comme un bon samaritain qui débarque chez vous avec son carnet de commande et vous l’impose. Il est lucide de comprendre ce genre de comportement hégémonique dans sa portée historique et structurelle : Haïti a certainement besoin d’accompagnement dans son cheminement vu la gabegie politique qui y a cours depuis 1986. Le gouvernement Martelly-Lamothe à l’instar des précédents semble vouloir s’inscrire dans la logique de la démagogie et du gaspillage insensés. Cela ne prend pas vraiment des talents hors-pair de gestionnaire pour réaliser sur le 27,750 Km2 ce qu’a fait le Nicaragua, le Chili et plus proche de nous la République Dominicaine. Arrêtez de vous ridiculiser en parcourant la terre entière dont les coûts de chaque tour aurait pu reconstruire cent logements pour les citoyens qui depuis bientôt 3 ans croupissent sous les tentes.

Le Canada possède une expertise sans conteste dans le domaine de la construction des infrastructures, dans l’urbanisme, les routes. Nous savons tous que le dénominateur commun de tous les gouvernements haïtiens c’est l’enrichissement illicite/rapide et la fuite. Alors, tenant compte que les gouvernements passent et que les structures restent, pourquoi l’aide canadienne ne se concentre pas dans UN projet global dans SON domaine d’expertise? Encore faut-il que le gouvernement haïtien se montre cohérent et conçoive LE projet à soumettre en fonction de SES besoins et de l’expertise de SON accompagnateur. On devrait commencer à réfléchir sur une structure de développement durable qui soit articulée avec les besoins du pays aidé et non les problématiques d’employabilité des pays donateurs, comme il est présentement le cas en Haïti. Devons-nous nous mettre à genoux pour cette tranche de salami? Il faut que pour une fois les gouvernants haïtiens fassent preuves de dignité, se tiennent debout, bref, qu’ils aient honte  et que cette gifle leur serve de leitmotiv afin qu’ils passent de résiliant à résistant agissants.
En matière de retour sur investissement, le Canada bénéficie plus de son aide à Haïti, en faisant son capital géopolitique dans la zone.
Nous recevons cette claque lancée à la face de tous les Haïtiens par Fantino en attendant que le gouvernement haïtien réagisse en posant à son tour les vraies questions et exigeant, pour une fois et sans broncher, les vraies réponses. Il y a de quoi s’indigner. Il est temps que les Haïtiens de l’intérieur et de l’extérieur se concertent, se mettent debout afin que chaque donateur soit maintenu à son rang de donateur et non de décideur. Nous sommes Haïti, nos enfants servent et travaillent dans les pays étrangers à toutes les sphères professionnelles. Nous avons toutes les compétences pour relever Haïti et la remettre à sa vraie place sur l’échiquier mondial.
Il faut plus que la formation de 30, 000 fonctionnaires et la construction de quelques bâtiments administratifs pour reconstruire Haïti. L’embûche au développement de mon pays passe par une prise de conscience citoyenne, une revendication par l’action de notre fierté de peuple, une mise en commun de toutes nos ressources, toutes générations confondues. Le Haïtiens doivent se mettre debout pour construire leur pays car PERSONNE ne le fera à notre place. C’est au gouvernement haïtien de savoir pourquoi il y a 10, 000 ONGs sur un territoire où vivent plus de 10, 000 000 d’habitants excluant SES citoyens d’origine. Malgré cet envahissement, le pays devient de plus en plus pauvre. Il faut de vrais projets, à forte création d’emplois POUR les citoyens du terrain, des projets réalistes qui tiennent compte des réalités complexes du peuple et inscrits dans une logique de développement national DURABLE.

Deux choix s’imposent au peuple haïtien après avoir rompu les chaînes esclavagistes il y a 209 ans : se mettre debout et prendre son destin en main ou organiser une levée de fonds afin de payer le clonage de Fidel Castro pour que dans 50 ans, les grands du monde  viennent recevoir des soins médicaux chez nous. C’est  aux Haïtiens de définir leurs besoins. Ce gouvernement  a une occasion historique de reprendre le contrôle du territoire et de marquer le temps. Combien d’ONG canadiennes sont sur notre territoire? Où sont-elles? Que font-elles? Quelle est leur masse salariale? Et si on mettait en veilleuse leurs actions sur le territoire en leur demandant de retourner chez eux en attendant que le ministre de la coopération externe réponde à ces questions? Nous demandons une Commission d’enquête sur l’utilisation de l’aide canadienne en Haïti pour les dix dernières années.




Crédit : Lumane Casimir/CANAL+HAÏTI
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